32 joueurs ont participé mardi dernier au Cercle d’échecs de Hull. Nous souhaitons la bienvenue cette semaine à notre nouvelle recrue Mathieu Mallette ainsi qu’à Anthony Massé-Garneau qui fait un retour en parties lentes au Cercle.
Section 90+30
Cette semaine les 3 joueurs suivants progressent dans l’échelle: Abdelaziz Mahdjoubi grâce à sa victoire contre Michel Desjardins (2 rangs), Vincent Perrier qui a défait Haythem Rhayem (4 rangs) et Learry Gagné en raison de son gain contre le champion de la section Réserve du Championnat Junior en fin de semaine, Achille Collin (7 rangs).




Section 60+30
Guy Grégoire a progressé d’un échelon en raison de sa victoire contre le jeune Philipe Arruda-Ramalho. Notons aussi la partie nulle du jeune Joël Noumsi contre le vétéran Pierre Arcand.



Grant Schaper en réflexion à gauche. En haut à droite Arcand-Noumsi. À droite en bas, Bolduc-Patry

Pour mon article aujourd’hui, je vais me concentrer sur une seule partie qui a particulièrement attiré mon attention : celle entre Michel Arsenault et Jocelyn Rioux. D’ailleurs, je vous conseille d’aller dans la section « parties » et de lire mon texte en visionnant la partie.
Vous savez, je donne des cours d’échecs depuis longtemps et j’ai remarqué chez les débutants et même chez certains joueurs intermédiaires qu’ils sont souvent obnubilés par l’attaque du roi adverse. Peu importe l’ouverture, ces joueuses et joueurs s’évertuent à attaquer le roi ennemi même si la position n’est vraiment pas propice à ça. J’ai choisi la partie Arsenault-Rioux, car je voulais vous montrer comment un joueur élite peut gagner une partie avec seulement un pion de plus.
Michel Arsenault-Jocelyn Rioux : Michel est un expert échiquéen qui a déjà eu une cote de 2143, rien de moins ! Comme 90% du temps, il a commencé sa partie avec l’ouverture anglaise (1.c4). Jocelyn a bien réagi de sorte que les 2 joueurs se sont retrouvés dans cette intéressante position :

À mon très humble avis avec 8.d4, Michel souhaitait que son adversaire joue 8…exd4 afin de lui créer un pion arriéré en d6. En effet, ce pion deviendrait alors une cible et les blancs se concentreraient à attaquer cette nouvelle faiblesse. Évidemment, Jocelyn n’était pas obligé de coopérer 😉 Personnellement, je trouve que c’est un cauchemar positionnel que de défendre une position où on a un pion arriéré sans avoir de contre-jeu, situation qui s’est d’ailleurs passée dans cette partie. Pourtant, Jocelyn a manqué une forte variante qui lui aurait permis d’éviter la variante mentionnée ci-dessus et lui aurait même donné un avantage. Pouvez-vous trouver la suite manquée par Jocelyn ?
La variante débutant par 8…e4 ! aurait permis d’atteindre 2 objectifs pour les noirs : couper le champ d’action des 2 fous blancs et gagner de l’espace au centre dans le but d’orchestrer une dangereuse attaque à l’aile roi. Jocelyn a plutôt joué 8…exd4? et après la reprise 9.Dxd4, nous avions la position ci-dessous :

Jocelyn a joué le meilleur coup avec 9…Te8, mais il avait la possibilité de jouer ensuite 10…d5 ! pour se libérer de son pion arriéré en d6. Il n’a jamais joué la manœuvre et je pense que ce pion en d6 a été son tendon d’Achille ou si vous préférez son point faible durant toute la partie même s’il a eu quelques rares chances de prendre le dessus. D’ailleurs, regardez maintenant la position, 11 coups plus tard :

Michel a fait un excellent travail pour améliorer sa position. Vous remarquerez que les blancs ont forcé l’échange de plusieurs pièces et dans certains cas, ce sont même les noirs qui ont initié certains échanges. Idéalement, Jocelyn aurait dû garder plus de pièces en jeu et il aurait dû tenter de se créer du contre-jeu sur l’aile roi ou sur l’aile dame. Malheureusement pour mon ami Jocelyn, il a joué trop passivement et le plan de Michel s’est déployé avec encore plus de force. Cela dit, Jocelyn était loin d’être perdu à ce moment de la partie, mais il devait accepter de jouer défensivement, ce qui n’est jamais facile aux échecs. À votre avis, comment les noirs auraient dû procéder ? La ligne proposée n’est pas forcée. C’est seulement pour vous donner une idée des possibilités défensives des noirs :
Jocelyn a plutôt joué un coup agressif ici avec 20…Ce4? Je vous partage la position résultante et je vous pose la question : est-ce qu’il fallait jouer 21.Cxe4 ou Fxe4 dans la position ci-dessous avec les blancs?

Ça aurait été important pour les noirs de jouer 21.Fxe4! En effet, après la variante suivante : 21.Fxe4! Fxe4 22.f3! Ff5 23.e4 Fc8 24.Tfd1 Te6, les blancs auraient été en parfait contrôle de la situation. Voyez-vous, grâce au cavalier en c3, le pion e4 est protégé et ça donnerait l’occasion aux blancs de jouer 25.f4 suivi d’un éventuel e5! et le pion d6 des noirs serait une cause perdue. Michel a plutôt choisi la ligne 21.Cxe4? Fxe4 22.f3 Ff5 23.e4 Fc8 et on est arrivés à cette position :

Première constatation, le fou blanc est bien mauvais derrière ses propres pions. Deuxième observation, les noirs n’avaient qu’un petit désavantage s’ils avaient joué 23…Fe6! à la place de 23…Fc8. En effet, le fou en e6 aurait été beaucoup plus actif sur cette case qu’en c8 où il semble en punition 😉 Enfin, c’est vrai que si les blancs jouaient 24.f4 (dans le but de jouer e5 afin de gagner le pion d6), le pion en e4 serait protégé par le fou (comme il l’était dans la variante avec le cavalier), mais la grande différence avec les 2 variantes, c’est qu’après 24.f4?!, les noirs auraient la réponse 24…f5! et après la suite 25.exf5 Fxf5, les noirs auraient eu seulement un petit désavantage et la nulle aurait été à portée de main.

Mais Michel n’a pas joué le douteux 24.f4?! Il a plutôt continué de mettre de la pression sur d6 en jouant 24.Tfd1. Il ne semblait plus possible alors pour Jocelyn de protéger son pion d6. Selon le logiciel, les noirs devaient se résoudre à donner le pion d6 et devaient tenter de trouver du contre-jeu ailleurs sur l’échiquier. J’ai un dernier diagramme à vous proposer. Dans la position ci-dessus, Jocelyn a quelque peu craqué et il a joué le mauvais 24…d5? Selon vous, comment les noirs auraient pu donner plus de fil à retordre aux blancs? Pouvaient-ils se défendre plus efficacement?
Dans la partie, Michel a donc gagné le pion “d” en plus de s’être créé un 4 contre 3 à l’aile roi. Il a su mettre la plupart de ses pions sur une couleur différente du fou adverse et il a mieux manœuvré avec son roi. Grâce à sa belle technique, il a gagné sa finale de belle façon! Je termine cet écrit par une petite anecdote; l’un de mes anciens étudiants m’a déjà déclaré qu’il n’avait pas besoin de pratiquer de positions défensives puisqu’il était un attaquant et qu’il n’avait pas besoin de se défendre. J’ai trouvé ça bien amusant surtout quand on sait que même Magnus le Magnifique doit défendre des positions de tant à autre 😉
À la semaine prochaine!
Échequement vôtre, Michel Desjardins 🙂
